Alpinisme – Triangle et Pyramide du Tacul

4 jours d’alpinisme jusqu’aux sommets du Triangle et de la Pyramide du Tacul.

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Cela faisait un petit moment que l’idée d’aller me frotter à l’alpinisme me taraudait l’esprit. Découvrir cette activité dont les récits me faisaient rêver et qui me donnait envie par son aspect technique et engagé. Mais pour partir il me fallait un guide et par n’importe lequel, car ce dernier joue un rôle primordial dans la réussite d’une première. C’est par l’entremise d’une collègue que j’ai pu faire la connaissance de mon guide, à peine plus vieux que moi mais avec qui le feeling est tout de suite passé. Après plusieurs mois d’échanges et de préparation physique (musculation, vélo, escalade, natation) nous voici partis pour 4 jours d’alpinisme ! 

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JOUR 1

MER DE GLACE

En arrivant à la gare de Génève le Jeudi soir, je cherchais fébrilement le camion de Benoit, mon guide pour ces 4 jours. Pas de doute c’était bien lui avec ce gros utilitaire rempli de matériel d’escalade et d’alpinisme. Les salutations faites, nous prenons la route pour Thonon où nous passons la nuit avant de partir pour Chamonix le lendemain matin. Une première pour moi qui n’avait jamais mis les pieds dans cette ville mythique de l’alpinisme. Pas trop le temps de flâner car nous voulons attraper le premier train, direction la Mer de Glace afin d’apprendre les bases de l’alpinisme. Depuis la petite gare toujours dans son jus, nous montons dans le petit train à crémaillère plein à craquer de touristes et d’alpinistes prêts à en découdre et à faire comme moi, leurs premières armes sur le glacier.

Arrivés à la Mer de Glace, nous marchons quelques temps avant de rejoindre une zone propice à l’apprentissage. Nous chaussons nos crampons pour une première marche dans différentes situations afin d’appréhender le comportement du pied avec ces derniers. Nous identifions ensuite une portion bien raide d’où nous pouvons descendre encordés grâce à un ancrage dans la glace (avec une lunule et deux broches) pour apprendre à remonter en utilisant les crampons en pointes avant en nous aidant ou non des piolets. Nous nous exerçons ensuite à progresser dans la neige puis à effectuer des arrêts au piolet avant de prendre pour terrain de jeu une petite section quasiment verticale. D’ici, nous travaillons successivement les techniques de progression en pente raide avec les crampons en dix pointes, de piolet ramasse et de rétablissement aidé du piolet. Nous terminons cette première phase d’apprentissage par une progression dans le lit de la rivière du glacier en crapahutant de bord en bord en suivant son cours, adrénaline garantie ! 

De retour à Chamonix où nous dégustons une bonne glace pour fêter ce premier jour, nous partons faire quelques courses et nous dirigeons vers Servoz pour terminer cette journée par un peu d’escalade en falaise. Le temps étant instable nous en profitons pour réviser les techniques de bases (relais, triangulation, nœuds…) avant de rejoindre notre bivouac pour la nuit.

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JOUR 2

ESCALADE EN FALAISE

L’orage et la pluie auront fait leur oeuvre toute la nuit et c’est un temps très humide que nous retrouvons le matin en sortant de la tente. Pas de quoi nous décourager cependant ! Nous attendons que le rocher sèche avant de reprendre l’escalade et en profitons une nouvelle fois pour réviser la théorie en apprenant cette fois les différentes méthodes de mouflage et d’utilisation des friends (coinceurs à cams).

A 13h00, le beau temps de retour, nous pouvons enfin démarrer notre journée d’escalade. Nous démarrons par des voies faciles (4b) avant de monter progressivement en difficulté jusqu’à atteindre une voie 6a+. Heureusement le programme des prochains jours ne prévoit pas de telles difficultés. Tout en révisant les techniques apprises ensemble ou auparavant nous progressons en relais dans la paroi et terminons l’exercice par une série de rappels, que j’effectue avec plaisir. Le temps est idéal et les heures défilent. Au final, cette journée de révisions s’avérera très utile pour la suite de notre programme en haute montagne et nous permettra de gagner un peu de temps lors des ascensions.

Nous dînons avant de préparer les sacs pour les deux prochains jours et nous profitons de la nuit pour recharger les batteries car le programme s’annonce chargé.

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JOUR 3

LE TRIANGLE DU TACUL

Levés de bon matin, nous déjeunons rapidement et plions notre bivouac pour prendre une des premières benne de Chamonix vers l’Aiguille du Midi. Arrivés en haut en quelques minutes, la vue est déjà spectaculaire depuis la passerelle et laisse imaginer la beauté des paysages que nous allons rencontrer pendant ces deux jours. Nous mettons nos baudriers et chaussons nos crampons avant de nous encorder pour franchir la petite barrière qui délimite le terrain de jeu des alpinistes. Pas le temps de se mettre en jambe, l’arête nous fait face, bien qu’en très bonne condition elle n’affiche que quelques dizaines de centimètres de largeur (voir vidéo). La descente vers le glacier et notre point de bivouac se fait lentement mais surement sous un grand soleil qui ne nous donne pas l’impression d’être à 3800 mètres.

Nous trouvons un ancien trou pour bivouaquer et montons la tente pour la nuit. Nous y laissons le matériel inutile avant de partir pour le Triangle du Tacul. La marche d’approche n’aura pas été très longue et c’est vers 10h00 que nous entamons l’ascension. Nous progressons en relais dans une pente de plus en plus raide. Aidés de nos deux piolets et de nos crampons nous grimpons dans la face dont la cotation est établie à AD+. 

Après un bon nombre de relais et 5 heures d’ascension, nous voici au sommet du Triangle du Tacul à 3970 mètres (15h30), d’où nous pouvons apprécier une superbe vue sur l’Aiguille du Midi, le Mont Blanc et le Mont Blanc du Tacul. Une récompense à la hauteur de l’effort.

Nous sommes à quelques dizaines de mètres de la barre symbolique des 4000 mètres et nous décidons de continuer à monter en marchant en direction de la trace de la voie normale du Mont Blanc du Tacul en passant par un ressaut qui culmine à 4100 mètres. Ça y est, l’altimètre franchit largement la barre des 4000 mètres et je sens un sentiment de fierté m’envahir ! Franchir ce palier est un symbole fort pour tout amoureux de la montagne. 

Le mal des montagnes ne semble pas m’affecter, même si par précautions j’ai pris des cachets toutes les 3 heures, mais l’altitude se fait néanmoins sentir lors de cette petite rando glacière à plus de 4000. Mon cramponnage devient ainsi moins précis augmentant de fait les risques de chutes dans des secteurs escarpés. Ayant conscience de mon état physique, je décide de ne pas poursuivre vers le Mont Blanc du Tacul et entame la descente par la voie normale jusqu’au bivouac. Un retour d’environ deux heures qui s’avérera assez éprouvant tant pour mon guide que pour moi. Arrivés au bivouac, nous ne tardons pas à manger et à nous mettre bien au chaud dans nos duvets pour attraper le train d’un sommeil réparateur !

 

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JOUR 4

LA PYRAMIDE DU TACUL

La nuit aura été fraîche mais nous n’aurons pas subi le froid, bien emmitouflés dans nos duvets. Nous nous réveillons vers 5h00 et je me mets en tête de profiter du lever du soleil pour faire quelques clichés. Après avoir dégelé sommairement mes chaussures d’alpinisme, je peux enfin capturer les superbes couleurs que l’aube dépose sur les sommets. Un spectacle unique qui me donne le sentiment d’être privilégié.

Nous déjeunons rapidement et nous équipons pour l’ascension du jour, celle de la Pyramide du Tacul, aiguille rocheuse qui culmine à 3468 mètres. Après une marche d’approche d’une heure en passant la pointe Lachenal et en marchant sur le glacier du Géant, nous arrivons vers 7h00 au bas de la Pyramide. C’est avec les crampons et les piolets dans le sac que nous entamons l’escalade, en chaussure d’alpinisme.

Les relais s’enchaînent sur cette aiguille granitique et je prends plaisir à grimper dans cette paroi dont la cotation s’établit à D-. Quelques grimpeurs nous précédent ou nous suivent dans cette ascension que le soleil rend agréable. Certains passages donnent du fil à retordre et exigent de pratiquer une escalade très physique où la technique est un peu mise de coté. Je suis très content d’avoir pu faire de l’escalade en falaise juste avant notre départ pour la haute montagne car cela permet d’avoir des automatismes pour ne pas être en difficulté.

Nous atteignons le sommet à 13h00 non sans une pointe de fierté et faisons une petite pause déjeuner avant de nous lancer dans une série de rappels dans la face nord de la Pyramide. Il nous faudra un peu moins d’une heure pour redescendre jusqu’au glacier.

Pas le temps de traîner car un train m’attend en fin de journée à Genève, aussi nous nous mettons en marche pour revenir au bivouac, le démonter, charger nos sacs d’une vingtaine de kilos de matériel et repartir pour l’Aiguille du Midi attraper la benne qui nous permet de descendre sur Chamonix. Quelle expédition ! 

C’était beau, intense et très différent de ce que j’ai pu faire avant mais l’investissement physique et matériel en valait largement la peine. A refaire donc !

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Textes et photos (c) Benoit Malot

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