Alpinisme – Aiguille d’Entrèves et Tour Ronde

3 jours d’escalade et d’alpinisme jusqu’aux sommets de l’Aiguille d’Entrèves et de la Tour Ronde.

.

L’année dernière j’avais fait mes premiers pas d’alpiniste en partant gravir le Triangle du Tacul et la Pyramide du même nom. Une expérience intense qui m’a très vite donné l’envie de recommencer mais cette fois en intensifiant nettement ma préparation physique et ma pratique de l’escalade dans le but de prendre encore plus de plaisir et faire des courses plus techniques. C’est à nouveau avec Benoit mon guide que nous partons pour 3 jours d’adrénaline pure ! 

.

icone montagne

.

JOUR 1

FACE NORD DES TERRES MAUDITES

Arrivé la veille à Genève nous rejoignons la station des Gets pour passer la nuit à l’appartement de Benoit mon guide. Mon train ayant eu beaucoup de retard la nuit est courte et c’est vers 8h30 que nous prenons la route pour rejoindre le chemin d’accès à la face nord des Terres Maudites. Un nom qui sonne comme un voyage sans retour surtout quand nous arrivons après une petite heure de marche au pied de cette grande face de 450 mètres.

Un dernier névé un peu récalcitrant marque le début de la voie et c’est entre la neige et la roche que nous nous équipons pour cette ascension. Benoit s’élance et équipe la voie au fur et à mesure avant que je le rejoigne quelques dizaines de métres plus haut au relais. Je me rends rapidement compte avec bonheur que mon niveau d’escalade me permet de ne pas subir cette ascension mais au contraire de prendre beaucoup de plaisir à grimper.

A mesure que les longueurs s’enchaînent, le petit refuge par lequel nous sommes passé rapetisse et la sensation de vide s’accroît. Il nous faut 3h50 pour venir à bout de cette face et arriver à un grand surplomb qui marque la fin de la voie. Heureux de cette performance nous profitons d’une petite vire herbeuse pour manger un morceau et profiter de la superbe vue offerte sur les sommets environnants.

La toute fin de l’ascension se fait dans une pente herbeuse assez raide où l’aide du piolet pour assurer la progression est plus que bienvenue. Il nous faudra une heure de plus pour arriver à la crête et rejoindre le sentier puis encore une heure pour redescendre jusqu’à la voiture. Une belle journée d’escalade en grande voie qui me permet de mettre en jambe et à Benoit d’évaluer ma condition pour définir le programme des deux prochains jours.

 

 

_________

JOUR 2

AIGUILLE D’ENTRÈVES

Après l’analyse de plusieurs options la veille et la préparation des sacs, nous décidons de nous mettre en route pour l’Italie au petit matin. Le temps de passer le tunnel du Mont Blanc et la frontière et nous voila au Funivia Monte Bianco, porte d’accès au versant italien du massif du Mont Blanc. Nous prenons quelques minutes pour nous équiper, vérifier une dernière fois que nous n’avons rien oublié puis prenons nos sacs direction la benne pour le glacier. L’ascension est rapide et les touristes en extase sur un paysage qu’ils contemplent plus à travers leurs téléphones que de leurs propres yeux…

Une fois à l’arrivée nous franchissons le petit portail qui délimite la frontière entre un monde confortable et sûr et un monde hostile à l’homme. Nous progressons sur le glacier sous un beau soleil en direction de la zone de bivouac où plusieurs tentes sont déjà installées. Nous plantons sans mollir la notre et préparons nos sacs d’alpinisme pour l’ascension du jour : l’Aiguille d’Entrèves !

Il nous faut un peu moins d’une heure pour arriver au pied de la voie. La face n’est pas encore exposée au soleil et l’idée de mettre les chaussons d’escalade ne m’enchante guerre. Pas le choix néanmoins, je dois me défaire de mes chaussures d’alpinisme et les ranger dans le sac. Les doigts engourdis, nous entamons notre progression dans la voie Salluard puis Rêves d’Entrèves. Par chance, nous retrouvons le soleil assez rapidement ce qui facilite sensiblement l’ascension. Tout comme la veille, je prends beaucoup de plaisir à grimper dans cette voie technique, parfois exposée avec quelques pas exigeants.

Après plusieurs longueurs, de nombreux friends sortis des fissures et un dernier passage coté 6a, nous voici au sommet de l’Aiguille d’Entrèves ! Le temps de profiter de la vue, de manger un bout et nous repartons par l’arête sud-ouest. C’est sur le fil du rasoir que nous rejoignons progressivement le glacier, à quelques pas de la fin de l’arête Freshfield sur laquelle nous progresserons le lendemain. Une fois sur le glacier, nous revenons doucement vers le bivouac, préparons les sacs pour le lendemain et apprécions un bon repas avant se glisser dans les sacs de couchage pour glaner quelques heures de sommeil. Je profite de la fin de la journée pour faire quelques clichés et notamment apprécier la superbe vue panoramique qu’offre notre bivouac sur le glacier et notamment la Dent du Géant, un sommet mythique qu’il me tarde de réaliser ! 

 

.

_________

JOUR 3

LA TOUR RONDE

Le réveil sonne à 3h et c’est un peu endormis que nous avalons notre petit déjeuner bien emmitouflés dans les duvets. La nuit n’aura pas été trop fraîche (3 degrés) et cette fois je n’aurais pas à dégeler mes chaussures pour les enfiler. Nous nous équipons, vérifions une nouvelle fois le matériel emporté et nous nous mettons en route à la lumière des frontales. Nous évoluons en pleine nuit dans un univers paisible où seuls quelques alpinistes progressent dans différentes directions pour aller comme nous en découdre avec les sommets environnants.

La marche d’approche dure un peu plus d’une heure et nous emmène dans la Combe Maudite. Arrivés au pied de la rimaye du col est, nous faisons une petite pause, chaussons les crampons, sortons les piolets et grignotons un peu. En face de nous se dresse une belle voie de 250 mètres tout en glace un peu grise par endroit. Nous montons un peu et passons la rimaye assez ouverte et bancale avant d’entamer l’ascension. La glace est parfois difficile à cramponner en raison des fortes chaleurs qui l’ont fait considérablement fondre et nos mollets ne tardent pas à se faire sentir. Cependant, nous ne traînons pas car nous souhaitons sortir de ce couloir avant que le soleil ne frappe ce versant et fasse fondre la glace ce qui rendrait l’ascension plus compliquée et plus dangereuse en raison des chutes de pierres.

 

.

Deux heures plus tard et une dizaine de broches à glace vissées/dévissées nous voila au col est (d’où est prise la vidéo). Le jour est maintenant levé et nous apprécions une superbe vue notamment sur le Mont Blanc le Tacul ou encore le Grand Capucin

Nous rangeons les piolets et attaquons la course d’arête mixte qui nous emmène sans trop de difficultés au sommet de la Tour Ronde à 9h. Quelques cordées qui ont emprunté des voies différentes arrivent au même moment. Le temps d’une petite pause pour se prendre en photo avec la vierge, laisser un petit mot au sommet et apprécier une nouvelle fois la vue (difficile de s’en lasser) et nous nous mettons en route en suivant l’arête Freshfield dont certains passages sur le fil sont vraiment impressionnants ! Quelques rappels pour terminer la descente et rejoindre le glacier et nous repartons en direction du bivouac que nous rejoignons à midi sous un soleil de plomb, l’isotherme est ce jour à 4800 mètres… 

Satisfaits de cette belle course, nous prenons notre temps pour démonter notre bivouac avant de repartir en direction du téléphérique et redescendre dans la vallée. Trois jours d’adrénaline et de dépassement de soi qui me donnent déjà envie de repartir !  

.

.. 

icone montagne

.

Textes et photos (c) Benoit Malot

Publicités