Alpinisme – l’Aiguille Verte

3 jours d’alpinisme jusqu’au sommet de la mythique Aiguille Verte.

Après une première sortie d’alpinisme autour de l’Aiguille du Midi, je retrouve les paysages enneigés du massif du Mont Blanc avec pour objectif le sommet mythique de l’Aiguille Verte. Un beau 4000, qui jouit d’une réputation non usurpée dans le monde de l’alpinisme. C’est par le tout aussi célèbre couloir Whymper que nous tenterons d’atteindre le sommet.    

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icone montagne

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JOUR 1

CHAMONIX – REFUGE DU COUVERCLE

Après une nuit en pointillés passée dans un bus pour atteindre Genève, je rejoins Benoit (mon guide) à Cluses et nous filons rapidement sur Chamonix. Les sacs prêts, nous embarquons dans le célèbre train à crémaillère du Montenvers. Arrivés au terminus, nous pouvons constater avec effroi que la Mer de Glace a bien fondu depuis notre dernier passage. Nous empruntons la télécabine puis les nombreux escaliers et mettons le pied sur le glacier qui n’est plus que l’ombre de lui même. Autour de nous, se dressent les cimes des Drus, du Grand Charmoz et au fond les majestueuses Grandes Jorasses. Cheminer dans ces paysages à quelque chose de magique !

Nous remontons un bon moment sur la Mer de Glace, avant de bifurquer à gauche pour rejoindre le glacier de Leschaux. Nous le quittons peu de temps après pour monter dans le couloir central qui marque la jonction avec le glacier de Talèfre. Cette petite portion de pierres fuyantes sera le seul passage technique de la journée. Le refuge est maintenant en vue et nous chaussons nos raquettes pour effectuer les derniers mètres. Il nous aura fallu quatre heures depuis le terminus du Montenvers pour rejoindre le refuge du Couvercle

À peine arrivés au refuge, nous fonçons grappiller quelques heures de sommeil puis dînons en compagnie de quelques cordées, qui comme nous se lancerons à l’assaut de l’Aiguille Verte cette nuit.

 

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JOUR 2

AIGUILLE VERTE (COULOIR WHYMPER)

Le réveil sonne à 23h50, une drôle d’heure pour se lever ! Nous enfilons notre équipement sans réveiller nos compagnons de chambre puis déjeunons rapidement. Il est 00h30, quand nous sortons du refuge. Le ciel est étoilé, mais par chance il ne fait pas trop froid et la neige porte bien même sans raquettes. La marche d’approche qui s’annonçait longue et fastidieuse se révèle finalement courte et agréable. Nous filons bon train sur le glacier de Talèfre à la lumière de nos frontales et pouvons observer derrière nous, les premières cordées en ski de randonnée. Il nous faudra 1h45 pour rejoindre l’attaque du couloir Whymper

Nous délaissons une partie de notre matériel et nous équipons. Nous voici lancés, en tête dans le couloir. La rimaye passe bien et nous progressons avec un bon rythme dans une trace excellente qui facilite grandement l’ascension. À mesure que nous gagnons de l’altitude, je sens que mes gestes deviennent plus difficiles et plus lents. Malgré mon entrainement, les derniers mètres du couloir me demandent un effort conséquent.

Je constate avec bonheur que mon altimètre indique que nous avons franchit la barre symbolique des 4000 mètres ce qui me motive pour atteindre le col ! Maintenant sur l’arête, il ne nous reste plus qu’à cheminer sur le fil pour atteindre le sommet de l’Aiguille Verte. Il est 5h00 pile quand nous l’atteignons. Les premiers rayons du soleil peinent à illuminer le paysage mais nous pouvons tout de même distinguer les sommets environnants. Nous immortalisons le moment en prenant quelques clichés. Ça y est, je suis au sommet de l’Aiguille Verte ! Je pense furtivement à la phrase de Gaston Rébuffat :

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« Avant la Verte on est alpiniste, à la Verte on devient montagnard… »

 

Je ne savoure pas immédiatement mon bonheur car la course n’est pas encore terminée et une longue série de rappels nous attend. Derrière nous, les premières cordées arrivent. Avec Benoit, nous prenons notre rythme et enchaînons les rappels en suivant à chaque fois les mêmes séquences : Il descend – il retape le relais – je le rejoins – nous tirons la corde – il descend… 

Après une quinzaine de rappels, nous retrouvons notre matériel abandonné quelques heures auparavant. Désormais, plus rien ne presse et nous prenons le temps de manger un morceau et de bien boire, avant de nous lancer sur le chemin du retour. Nous avançons bien avec nos raquettes, même si ces dernières ne manquent pas de nous faire mal aux chevilles. Les skieurs nous doublent facilement et je me dis qu’il serait quand même temps que je me mette au ski de randonnée… Nous descendons les dernières pentes sur les fesses et atteignons avec joie le refuge du Couvercle à 10h00.

Nous pouvons maintenant profiter d’une douce journée au refuge avec pour toile de fond les paysages grandioses des Grandes Jorasses qui nous font face. Sieste, omelette, menthe à l’eau, le paradis !

 

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JOUR 3

REFUGE DU COUVERCLE – CHAMONIX

Pour cette journée, le programme est connu et sans surprises. Je sais d’avance qu’il faudra rester concentré jusqu’au retour sur le glacier du Talèfre. Après une bonne nuit réparatrice, nous partons vers 6h30 du refuge et gagnons rapidement le début du couloir central où nous mettons les crampons. Peu de temps après, nous atteignons la partie rocheuse que je redoute. Une portion où les pierres instables et les gravillons rendent la descente risquée. Le poids du sac venant renforcer encore un peu plus la difficulté. Je redouble donc de vigilance pour ne pas risquer une glissade ou faire tomber une pierre.

Le couloir central derrière moi, je suis soulagé de mettre le pied sur le glacier. La course est presque terminée ! Nous descendons sur la Mer de Glace et distinguons au loin la gare du Montenvers. Pour varier du chemin que nous avons emprunté à l’aller et rejoindre la gare, nous décidons de remonter par les échelles. C’est en montant à bord du train du Montenvers, que je réalise vraiment que la course est terminée et que nous sommes allés au sommet de l’Aiguille Verte !

Je suis un montagnard maintenant 🙂.

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Textes et photos (c) Benoit Malot