Alpinisme – Dent du Géant – Pointe Adolphe Rey – Tour Ronde

3 jours d’alpinisme jusqu’aux sommets de la Dent du Géant, de la Pointe Adolphe Rey et de la Tour Ronde.

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Après ma virée sur la Traversée des Dômes de Miage par la face nord, retour en haute montagne pour trois jours en compagnie de mon guide Benoit. Le point d’orgue de cette session alpine sera l’ascension de la Dent du Géant, sommet dont je rêve depuis plus d’un an et qui s’est déjà refusé à moi en Septembre dernier pour cause de mauvais temps. Pour parfaire ce séjour, nous irons ensuite grimper à la Pointe Adolphe Rey et faire une course mixte dans le couloir Gervasutti de la Tour Ronde. Comme d’habitude notre point de chute sera notre bivouac installé sur le glacier. Y’a plus qu’à !  

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JOUR 1

DENT DU GÉANT (VOIE GÉANT BRANCHÉ)

Montés par la seconde benne de la journée, nous quittons la plateforme du téléphérique d’Helbronner pour installer notre bivouac sur le glacier. Face à nous se dressent les Aiguilles Marbrées et un peu plus loin, la Dent du Géant qui sera notre objectif du jour. Nous réaménageons un emplacement de bivouac, montons la tente et déposons le matériel inutile à notre ascension. Une dernière vérification des sacs et nous voila en route à 9h vers ce majestueux 4000 dont je rêve depuis plus d’un an.

Une première partie de randonnée glaciaire nous amène sans difficultés jusqu’à la rimaye. S’en suit un passage mixte mêlant rochers, passages en neige/glace qui nous fera déboucher sur le petit plateau appelé la « salle à manger » où nous laissons une partie de notre matériel (piolets, crampons, chaussures) afin de nous alléger pour grimper puis enfilons nos chaussons d’escalade. D’ici, la dent rocheuse impressionne et la vue alentour est déjà magnifique avec au loin le Mont Blanc, la Tour Ronde, ou encore l’Aiguille d’Entrèves…  Quelques cordées nous précédent dans la voie normale (équipée en cordes fixes) et nous devons patienter un peu pour nous élancer dans une voie plus exigeante et technique, la voie Géant Branché. Petite particularité de cette voie, sa section la plus dure s’avère être la première longueur cotée 6a. De quoi bien s’échauffer les bras et se mettre dans le rythme directement. 

Le rocher est très agréable à grimper et nous enchaînons ensuite les longueurs dont les cotations varient entre du 4 et du 5. La dernière longueur (5c+ expo) nous permet de rejoindre la voie normale pour la partie finale. Même si l’utilisation de la corde fixe est tentante, je m’impose de ne pas y toucher (mon côté puriste…). Nous atteignons le sommet (4013 mètres) à 15h50 et je peux furtivement prendre la pose avec la vierge avant d’entamer la série de rappels qui nous emmènera rapidement jusqu’à la « salle à manger » où nous avons laissé le matériel. Du sommet, j’en prends plein les yeux avec une vue panoramique à couper le souffle même si un petit nuage viendra perturber ce beau spectacle…

Il nous faudra 30 minutes pour enchaîner les 4 rappels et récupérer notre matériel. A ma grande surprise, mon piolet a disparu… Une déconvenue qui viendra ternir mon humeur joyeuse après avoir réalisé ce sommet. Mais la course n’est pas terminée et il me faut maintenant redoubler d’attention pour descendre jusqu’au glacier sans mon piolet, uniquement aidé par mon bâton.  Un exercice qui sera quasiment plus éprouvant que l’ascension en elle même. Contents de poser le pied sur le glacier à 17h30 nous rejoignons tranquillement notre bivouac pour une petite sieste bien méritée. 

 

 

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JOUR 2

POINTE ADOLPHE REY (VOIE SALLUARD)

Pour cette seconde journée, nous restons dans une ambiance « rochers » avec pour objectif l’ascension des 300 mètres de la Pointe Adolphe Rey par la voie Salluard. Un classique de l’alpinisme ! Après une petite marche d’approche nous atteignons le pied de la Pointe vers 8h et déposons une partie de notre matériel pour grimper légers. Le fantôme de mon piolet volé la veille me hante encore et j’espère ne pas avoir la même déconvenue aujourd’hui… 

Ce beau pilier de granit nous fait face et chaussons aux pieds nous amorçons notre ascension. Au programme, neuf longueurs oscillant entre le 4a et le 6a, bref de quoi s’amuser ! Dès la première longueur je m’aperçois que les cotations officielles sont bien sous évaluées (point souvent mentionné dans les topos) car la grimpe s’avère soutenue et laisse peu de place au repos. Je ne regrette pas d’avoir intensifié mon entrainement en amont pour ne pas trop souffrir dans cette voie exigeante. 

Les longueurs s’enchaînent, jouant avec les friends, les fissures, les dièdres, nous grimpons à un bon rythme tout en profitant d’une vue parfaitement dégagée sur la Tour Ronde, la Dent du Géant ou encore l’Aiguille d’Entrèves. L’escalade est athlétique et sportive mais je prends plaisir à grimper sur ce rocher de grande qualité.

Nous atteignons la terrasse du sommet (3535 mètres) vers 12h30, heureux de pouvoir profiter quelques minutes de ce petit mètre carré parfaitement plat que l’on croirait façonné pour le repos du grimpeur et qui offre une vue imprenable sur les sommets alentours. Nous sortons les sandwichs et reprenons des forces avant d’installer le premier des 6 rappels qui nous fera descendre en partie par le même itinéraire qu’à l’aller. Quelques cordées nous précédent et il nous faut parfois patienter un peu pour pouvoir descendre ou simplement aider quand la corde de la cordée précédente reste malheureusement coincée…

Vers 15h nous revoilà sur le glacier, prêts à revenir au bivouac sous un soleil de plomb. Notre tente surchauffée nous attend et nous essayons tant bien que mal de grappiller quelques heures de repos avant de préparer les sacs pour notre course du lendemain : la Tour Ronde par le couloir Gervasutti.  

 

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JOUR 3

LA TOUR RONDE (COULOIR GERVASUTTI)

Ce matin l’alarme sonne un peu après 3h et c’est un peu endormis que nous avalons notre petit déjeuner bien emmitouflés dans les duvets. La nuit aura été moins fraîche que la veille mais cela ne rend pas le réveil plus facile pour autant. Nous nous équipons, vérifions une nouvelle fois le matériel emporté et nous nous mettons en route à la lumière des frontales. Nous évoluons en pleine nuit dans un univers paisible où seuls quelques alpinistes progressent dans différentes directions pour aller comme nous en découdre avec les sommets environnants.

La marche d’approche dure un peu plus d’une heure et nous emmène dans la Combe Maudite. Arrivés au pied de la rimaye du couloir, le soleil pointe ses premiers rayons (5h30) et nous offre une palette de couleurs sublimes, un superbe spectacle. Nous chaussons les crampons, sortons les piolets et grignotons un peu avant d’attaquer les choses sérieuses. Le thermomètre ayant difficilement atteint les zéro degrés cette nuit, le regel n’est pas bon ce qui rend le passage de la rimaye compliqué. Benoit passe le premier en prenant le temps nécessaire pour bien assurer ses ancrages puis prend quelques minutes pour installer un point d’assurage dans la neige (boite au lettre) afin d’assurer mon passage.

Me voila au pied de la rimaye béante ! Me faisant le plus léger possible, je passe malgré tout à travers le pont de neige et remercie mon guide d’avoir installer ce point d’assurage. Il me faut ensuite quelques minutes pour passer la rimaye et rejoindre Benoit non sans avoir transpiré un peu. 

Nous progressons ensuite en corde courte sur le premier tiers du couloir dans une neige plutôt bonne avant de devoir allonger la corde pour progresser en sécurité sur un terrain plus exigeant et engagé. Les rochers se font plus présents, parfois menaçants et il nous faut composer avec cette variable pour terminer l’ascension du couloir concentrés à 200% pour ne pas commettre de faux pas et franchir la ligne rouge. 

Pas mécontents de sortir du couloir, nous débouchons ensuite sur l’arête de la face nord puis rejoignons la voie normale pour effectuer les quelques pas d’escalade facile nous menant au sommet de la Tour Ronde (3792 mètres). Il est 8h15 et je salue pour la deuxième fois (voir mon précédent article sur la Tour Ronde par le col oriental)  la vierge qui indique le sommet ! 

Nous apprécions la vue quelques instants, seuls au sommet et repartons en direction du glacier via l’arête Freshfield. J’avais pris beaucoup de plaisir à cheminer sur cette arête parfois très effilée lors de ma précédente ascension de la Tour Ronde mais les conditions actuelles rendent notre progression plus lente. La concentration est de mise et je ne peux m’empêcher de penser à ce jeune couple qui s’est tué la semaine précédente sur cette même arête… puissent-ils reposer en paix… 

Nous rejoignons le glacier un peu moins de deux heures après avoir quitté le sommet, très heureux de pouvoir relâcher un peu de pression après plus de 5 heures concentrés au maximum. Nous prenons quelques minutes pour manger un bout et remettre un peu de crème solaire car le soleil nous harcèle déjà. Nous nous remettons en route pour rejoindre rapidement notre bivouac, le démonter et rejoindre la plateforme du téléphérique, très satisfaits de ces trois jours intenses et de ces trois belles courses d’alpinisme qui ne manqueront pas de me laisser des souvenirs impérissables…

 

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Textes et photos (c) Benoit Malot